125 ans de prénoms en France : la fin des grands prénoms
En 1900, 20,6 % des filles nées en France s'appelaient Marie. En 2025, le prénom féminin le plus donné, Louise, n'en coiffe plus que 1,1 %. Entre les deux, la France n'a pas seulement changé de goûts : elle a changé de manière de nommer.
Analyse maison, recalculée à chaque millésime du fichier des prénoms de l'INSEE — ici le millésime 2025 (données arrêtées à 2025).
1. La concentration s'est effondrée
Le fait le plus massif n'est pas la disparition d'un prénom plutôt qu'un autre : c'est la dispersion. Les dix prénoms les plus donnés couvraient 43,4 % des naissances enregistrées en 1900. Ils n'en couvrent plus que 9,7 % en 2025. Dans le même temps, le nombre de prénoms différents attribués chaque année est passé de 1 733 à 14 221 — alors même que le nombre de naissances, lui, n'a pas été multiplié par huit.
| Année | Prénoms distincts | Part du top 10 par sexe | N° 1 fille | N° 1 garçon |
|---|---|---|---|---|
| 1900 | 1 733 | 43,4 % | Marie (20,6 %) | Jean (8 %) |
| 1910 | 2 025 | 42,4 % | Marie (16,1 %) | Jean (8,3 %) |
| 1920 | 2 031 | 42,1 % | Marie (11,6 %) | Jean (9,1 %) |
| 1930 | 2 575 | 38,5 % | Marie (8,5 %) | Jean (10,4 %) |
| 1940 | 2 094 | 39,9 % | Marie (8,7 %) | Jean (13,6 %) |
| 1950 | 2 858 | 37,8 % | Marie (6,5 %) | Jean (8,5 %) |
| 1960 | 3 572 | 34,8 % | Catherine (4,4 %) | Philippe (5,7 %) |
| 1970 | 4 493 | 34,7 % | Nathalie (6,2 %) | Christophe (4,9 %) |
| 1980 | 6 171 | 25,1 % | Céline (3,3 %) | Nicolas (5,3 %) |
| 1990 | 7 166 | 19,9 % | Elodie (2,3 %) | Kevin (2,9 %) |
| 2000 | 9 540 | 18,1 % | Léa (2,8 %) | Thomas (2,6 %) |
| 2010 | 13 831 | 12,1 % | Emma (1,7 %) | Nathan (1,7 %) |
| 2020 | 14 838 | 9,9 % | Louise (1,2 %) | Léo (1,3 %) |
| 2025 | 14 221 | 9,7 % | Louise (1,1 %) | Gabriel (1,5 %) |
Lecture : en 2025, les vingt prénoms de tête — les dix premiers de chaque sexe — représentent ensemble 9,7 % des naissances couvertes par le fichier, contre 43,4 % en 1900.
2. Des règnes d'un demi-siècle aux règnes de quatre ans
La deuxième transformation est celle du rythme. Marie est resté le premier prénom féminin de 1900 à 1954, soit 55 années consécutives ; Jean a tenu la première place masculine de 1900 à 1957. Depuis 1960, 20 prénoms féminins et 20 prénoms masculins différents se sont succédé en tête — une mode dure désormais le temps d'une poignée de promotions de maternité.
Les n° 1 filles
- Marie1900-1954
- Martine1955
- Marie1956-1958
- Brigitte1959
- Catherine1960
- Sylvie1961-1964
- Nathalie1965-1971
- Sandrine1972-1973
- Stéphanie1974-1977
- Céline1978-1981
- Aurélie1982-1986
- Julie1987
- Elodie1988-1990
- Marine1991
- Laura1992-1994
- Manon1995-1996
- Léa1997-2004
- Emma2005-2013
- Jade2014
- Louise2015
- Emma2016-2019
- Louise2020
- Jade2021
- Louise2022-2025
Les n° 1 garçons
- Jean1900-1957
- Philippe1958-1964
- Thierry1965
- Philippe1966
- Christophe1967-1970
- Stéphane1971
- Christophe1972-1973
- Stéphane1974
- Sébastien1975-1979
- Nicolas1980-1982
- Julien1983-1988
- Kevin1989-1994
- Nicolas1995
- Thomas1996-2001
- Lucas2002-2003
- Enzo2004-2007
- Lucas2008-2009
- Nathan2010
- Lucas2011-2014
- Gabriel2015-2019
- Léo2020
- Gabriel2021-2025
3. La règle des cent ans, vérifiée sur données
L'idée court dans toutes les maternités : un prénom revient quand plus personne dans la famille proche ne le porte. Elle se mesure. Sur les 100 prénoms les plus donnés en 2025, 8 avaient déjà connu leur pic historique avant 1950 — c'est-à-dire à l'époque des arrière-grands-parents des enfants qui les portent aujourd'hui.
- Louisepic en 1901
- Gabriellepic en 1905
- Alicepic en 1908
- Léonpic en 1910
- Mariuspic en 1910
- Jeannepic en 1920
- Louispic en 1920
- Paulpic en 1920
Le mécanisme est asymétrique : les prénoms des années 1970-1990 — ceux des parents actuels — sont, eux, au plus bas. Il leur reste une génération à attendre. C'est tout l'objet de nos classements prénoms rétro qui reviennent et prénoms en voie de disparition.
4. La France n'est pas un marché unique
Derrière la moyenne nationale, les écarts départementaux restent considérables : un prénom peut être deux, trois, parfois huit fois plus fréquent dans un département que ne le voudrait son poids démographique. Les Corses, les Bretons, les départements d'outre-mer et une partie du Massif central conservent des répertoires nettement distincts du reste du pays. Chaque fiche prénom du site affiche cet indice de sur-représentation, et les 101 pages départementales listent les prénoms qui y sont le plus caractéristiques.
5. Ce que ces chiffres ne disent pas
- Le fichier de l'INSEE ne diffuse un prénom qu'à partir de trois attributions dans l'année : la « longue traîne » des prénoms uniques y est agrégée, et le nombre de prénoms distincts est donc un plancher, pas un total.
- Tous les effectifs sont arrondis au multiple de 5. Les parts de marché citées ici sont des ordres de grandeur, pas des décimales exactes.
- La couverture du fichier est plus faible sur les premières décennies du XXe siècle : une partie de la hausse apparente de la diversité tient à ce seuil de diffusion, et non au seul comportement des parents.
- Les prénoms composés sont comptés comme des prénoms à part entière : Jean-Pierre n'alimente ni Jean ni Pierre.
Le détail du traitement est documenté dans notre méthodologie. Source : fichier des prénoms, Insee, millésime 2025, sous Licence Ouverte 2.0.